Une nombre important de débats vifs ont lieu en ce moment sur des blogs amis quand à la place du voile et, de par celui-ci indirectement, du fait religieux dans la vie publique. Ces débats, mon expérience personnelle ainsi qu'un fait divers récemment divulgué m'amène à m'interroger sur le religieux au sein du milieu médical, en particulier au sein de l'hôpital publique en France. Quand je parle du religieux je parle ici surtout de l'Islam, n'ayant été moi même confronté qu'avec des patients de cette confession dans les péripéties que je m'en vais vous conter immédiatement.
Nous sommes en hiver, au début de l'année 2005, je suis de garde dans un service de gynécologie obstétrique d'un hôpital parisien renommé. Il est 2 ou 3 h du matin quand mon bip me réveille, une femme enceinte présentant des saignement est arrivée aux urgences. Je sors péniblement de mon lit, arrive dans le box que l'infirmière m'a indiquée par un grognement, et là je tombe nez à nez avec une homme bien habillé, costume 3 pièces sur mesure, chaussures cuir richelieu et belle chemise Italienne, qui demande à voir LA médecin pour sa femme. Sa femme était assise derrière lui, semblant avoir mal, mais ne me regardant pas et ne m'adressant pas la parole de derrière son niquab. Je m'efforce de lui expliquer avec toute la gentillesse dont je suis capable à 2h du matin au réveil que je suis un des médecins, que je vais commencer par examiner sa femme avant d'en référer à mon chef. Refus catégorique du mari, le ton monte, il demande à voir une femme et uniquement une femme. Je continue sur ma lancée, m'efforçant de garder mon calme, et lui ré explique encore que je suis un des médecins et que de toute façons il n'y avait pas de médecin femme disponible ce soir là. Je tente de parler à sa femme, d'évaluer la gravité de son état mais elle ne me répond pas, je n'entendrais au final jamais sa voix à cette dame. Son mari excédé par moi décide de partir en traînant sa femme par le bras...
Avril 2006, urgences d'un autre hôpital parisien, je prend le relais d'UNE collègue sur une patiente qui présentait une simple colique néphrétique. Le dossier m'est présenté en deux secondes, je sais qu'il s'agit d'une saoudienne, qui ne parle pas français ni anglais et que son mari est toujours présent. Je rentre dans le box et avant que j'ai eu le temps de me présenter j'entend le mari de la dame me dire dans un anglais parfait qu'il était hors de question qu'un homme s'adresse ou encore moins examine sa femme, celle-ci ne disant pas un mot de derrière son voile. Une fois remis de ma surprise je lui explique dans un anglais châtié que c'est comme ça et pas autrement, que l'hôpital est un lieu publique et laïc et que je me dois de soigner mes patients sans distinctions de race ou de religion. Il grogne, demande, gesticule, hurle, prend sa femme par le bras et lui dit qu'ils doivent partir (sachant que la dame est toujours branchée à la perfusion). Il dit tout ça en arabe bien sur. Là je ne peux m'empêcher de lui répondre dans la même langue que si j'étais lui je n'irais nulle part sa femme ayant encore besoin de soins. Grand moment de silence, il me regarde, regarde mon nom sur le badge, me demande si je suis libanais et puis se rassois. Il me permet d'examiner sa femme, qui ne répondras PAS à mes questions, aucune d'entre elles. Le traitement est administré, elle va mieux, les ordonnances sont remises et ils peuvent partir...et là le mari me dit qu'il est très heureux que sa femme est été examinée par une "frère" que si j'avais pas été musulman ils seraient partis...je n'ai jamais eu le courage de lui dire que je n'étais pas musulman, peut-être par peur que ça retombe sur sa femme.
En Septembre 2006 à l'hôpital Robert Debré à Paris, le Pr. Jean-François Oury, chef du service de gynécologie obstétrique est de garde à la maternité. Il doit voir une femme après un accouchement difficile. Alors qu'il s'apprête à l'examiner, son mari furieux lui saute dessus, l'insulte et le gifle. Pas question de toucher à sa femme, aucun homme, même médecin ne doit l'approcher! Le mari en question est un jeune barbu gesticulant en abaya.
Dans ce genre d'affaires la femme n'a pas le droit à la parole, on n'entend pas sa voix, elle subit des pressions religieuses et familiales de plus en plus grandes. On voit aussi des familles demander des certificats de virginité ou encore des femmes obligées de se faire opérer pour des reconstructions d'hymen avant un mariage par exemple...Tiens parlons de ces certificats de virginité une seconde, moi, en tant que médecin, je refuse/refuserais d'en délivrer. Si je le fais je me donne l'impression de mettre un label sur la patiente avec écris en gros dessus "c'est bon tu peux la prendre, la marchandise est bonne!".
Voilà des petites histoires typiques qui révèlent la sentiment de malaise soulevé par l'islam intégriste au sein de l'hôpital publique. Toute femme a le droit de demander à être suivie régulièrement par une femme ou par un homme. MAIS dans le service public, il y a aussi des urgences et il n'est pas possible, ni concevable, de faire en sorte qu'aux urgences, il y ait toujours un médecin femme. Nous sommes dans un pays LAÏQUE, les gens doivent faire en fonction du système en place. AUCUNE religion ne doit perturber le fonctionnement du service publique de continuité des soins en faisant appel à une personne d'un SEXE ou d'une RELIGION particulière en fonction du ou de la patiente.
Enfin, voilà, allez have a good day et Enjoy :)